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12/01/2009

Au pays des kangourous

Le petit coucou s’éloigne lentement, pour nous déposer enfin à Kangaroo Island. Nous atterrissons en plein bush, au milieu de nulle part, et sommes accueillis par une fille de l’hôtel. Très détendue, sans aucune notion du fait que cela fait exactement… 37 h 30, pour moi en tout cas, que nous voyageons. Eh oui, il est 15 h ici, et nous avons un petit 9 h de décalage horaire. Record battu, le précédent étant de 31 h pour rentrer de Key West. La fille en question nous emmène donc jusqu’à l’hôtel, le Southern Ocean Lodge, l’un des plus beaux endroits que j’aie vus – cela valait presque le coup, de se taper le trajet. Le site, en lui-même, est extrêmement sauvage. Des falaises, de la mer vert émeraude, de la bruyère un peu partout. C’est l’hôtel, surtout, qui est une réussite complète. Une structure en escalier, qui épouse les formes du relief, une sorte de serpent de plain-pied, dans un bois et une pierre qui se fondent entièrement dans le paysage. Le lobby est une immense salle vitrée, face à la mer, meublée de canapés autour d’une cheminée centrale. Tout est simple, sobre, en matériaux locaux, le genre de trucs qui déprimerait mes parents mais que j’adore. Nous visitons les chambres, la mienne dispose d’un coin cheminée, au gaz, et surtout, d’une salle de bain avec baignoire face à la vue. Le manager de l’hôtel nous explique qu’ils ont une « non-key policy », puis également une « policy of non-disturbing the animals », bref, ils ont toutes sortes de policies. Je trouve ça très touchant, mais je m’assure tout de même qu’il y ait une clé quelque part (au fond du tiroir du bureau) et je ferme bien soigneusement ma chambre, je suis sûre que tout le monde ici est très gentil mais qui sait, un kangourou indiscret…

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Après la visite de l’hôtel, nous avons « Coastal walk », Sandrine a dit assez vite qu’elle pouvait s’en passer s’il le fallait. Ca tombe bien, il le faut. Deux personnes doivent se sacrifier en allant au spa, elle ira donc avec Vanessa. Ni une ni deux, ni douche ni déballage de sacs, je me lance donc dans la promenade avec Philippe, Olivier et Guillaume qui se désintéressent du discours de la guide. Il faut dire, elle parle assez vite en détaillant à peu près toutes les fougères du chemin, il y a de quoi décrocher, si l’on ajoute à cela le décalage horaire et les deux jours de voyage. En outre, elle est incapable de répondre à la seule question qui m’intéresse, et qui est « pourquoi tout le monde prononce-t-il Quantas, alors que le nom de la compagnie est et s’écrit Qantas ? » Son argument « that’s just the way we pronounce it here » ne me convainc pas du tout, ça ne m’engage pas à la croire plus sur les noms des mousses et autres fleurettes. Il y a un vent à décorner les buffles, on m’avait vendu une destination tropicale, il fait un petit 20° avec effet windchill, qu’on ne me dise pas qu’il fait chaud. J’ai beau être une fille prévoyante, la softshell est insuffisante. Les autres sont carrément en tee-shirt, c’est la pneumonie assurée. Ensuite, c’est notre tour, à Guillaume et moi, pour le massage. Le spa est perché en haut d’une falaise, le massage est certainement divin, je m’endors au bout de 5 minutes, c’est presque du gâchis. Je me demande même si je ne me suis pas mise à ronfler, à plat-ventre, la tête calée dans le petit trou, au bout de la planche.

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Je me jette ensuite sous la douche, avant de rejoindre les autres pour les « kangas and kanapés », comprenez que nous allons observer les kangourous en grignotant des petits fours. La route pour rejoindre le champ où ils se donnent tous le mot est vallonnée, la terre rouge. Il y a des traces d’un incendie gigantesque mais peu importe, la terre se régénère comme ça et ici, le moins que l’on puisse dire, c’est que le feu ne risque pas de détruire une habitation. Il n’y a tellement personne que lorsque l’on croise une voiture, on se salue de la main. Le champ dans lequel nous dépose le 4X4 est en effet plein de kangourous. C’est plutôt distrayant, comme bête, il faut dire. A cause de la policy de ne pas disturber les animals, tout ça, on nous interdit de nous approcher de plus de 3 mètres. C’est beaucoup moins drôle, parce que du coup ils ne partent pas en sautant, ce qui est tout de même le but. Alors on marche subrepticement vers eux, jusqu’à ce que la guide s’en aperçoive et hurle, et ça fonctionne : ils détalent comme des kangourous. Au ralenti, en revanche, ils sont beaucoup moins gracieux, ils s’appuient sur leur queue, c’est assez peu digne, comme démarche. On nous verse un très mauvais champagne (que je distribue généreusement aux plantes derrière moi) et quelques canapés un peu plus comestibles. La température atteint la limite du désagréable, je m’abrite du vent (et du groupe, du coup, qui est resté exposé) derrière une petite maison. Et quand nous repartons, enfin, en voiture, je crois ma libération arrivée. Mais non, c’est le moment que deux kangourous choisissent pour se mettre à boxer avec leurs petites pattes. Je suis absolument frigorifiée et opposée à l’idée même de mettre un pied dehors, vous ne verrez donc pas de photo de ce grand moment de cartoon.

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A l’hôtel, c’est open bar face à la vue, toujours aussi sublime. Je choisis un blanc, un Riesling qui n’a rien à voir avec ceux de chez nous, très sec, pas si mal. Et à dîner, bien évidemment, je suis assise à côté de Ben, le manager, et en face d’Olivier, le photographe, qui parle bien anglais. A ma question sur Qantas, Ben répond, d’un air assez peu assuré, que c’est un nom propre. J’ai comme un doute. Peu importe, car le repas est étonnamment bon, ce qui me plonge dans un état quasi-extatique. Je prends un feuilleté d’agneau en entrée et un bœuf tendre et cuit juste comme il faut en plat, saignant comme je l’aime. Les plats sont délicats mais pas prétentieux, les aliments frais et reconnaissables, les portions parfaites, on est loin de la fusion que je redoutais. Ben a sévi en cuisine au début de sa carrière, il me dit « never trust a skinny chef », il faut dire qu’il pèse à peu près 150 kilos. Je quitte la table, la dernière bouchée de dessert avalée et rejoins ma chambre. Un « feu » dans ma cheminée, une tisane, un peu d’Internet dans mon lit, pour un peu, on en oublierait presque qu’il n’y a pas de télé… Il est 23 h quand j’éteins, cela fait exactement 45 h 30 que j’ai claqué la porte de chez moi, je la mérite, ma vraie nuit.

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Le truc bizarre, avec les kangourous : ils n'arrêtent pas de se gratter.

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