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A venir...

12/07/2009

Asimbonanga, oh Mandela

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Oui, on aurait pu zapper la visite de Port Elizabeht pour voir ce que font les hôtes, ici, quand ils font beau, mais en fait non.

Isn't it ironic, don't you think, a little too ironic, oh yeah I really do think, aurait dit Alanis Morrissette, pour ceux de ma génération qui se souviennent de ce grand titre. Car ce matin, le soleil a décidé d'éclabousser la côte, cela nous rappelle combien l'endroit est joli et coloré, l'océan bleu, le bois brun - et le service, toujours aussi lent. On nous a demandé de mettre nos sacs devant nos chambres avant de prendre le petit-déjeuner, je déteste ce genre de procédés que je ne respecte jamais plus, c'est un principe. D'ailleurs, j'estime qu'ayant 3 marches à descendre, je me payerai le luxe de repasser par ma salle de bain avant de tendre mon sac, tout prêt, au gentil monsieur qui voudra le mettre dans le mini-bus. Oui mais voilà, la gentille dame du service met exactement 25 minutes à m'apporter mon "home-made muesli" (je hais les petits-déjeuners sans buffet), ce qui bouleverse mon planning soigneusement établi et engendre une conversation passionnée à la table. "Mais t'as qu'à garder juste ta brosse à dents et la mettre dans ton petit sac à dos ", "Ah non moi je la comprends, je termine toujours mon sac quand je suis sûre de ne plus rien avoir à y ajouter ou à en enlever", "Ben oui mais ça tu peux le faire avant", "Oui mais si tu as calculé que tu avais le temps, ben forcément, tu t'organises différemment", bref, nous sommes tous fin prêts pour le reportage de guerre en milieu hostile. Quelques photos déjà nostalgiques plus tard, nous sommes partis pour Port Elizabeth, autre point d'intérêt de la côte. Nous sommes au beau milieu de la terre de Mandela, soit, mais la ville en elle-même ne justifie pas le "brief city tour" du programme, à part pour le Red Location Museum. Une sorte de mémorial de la lutte contre l'apartheid, où l'on se rend soudain compte que toute cette horreur, dont nous avons à peine entendu parler en France, s'est arrêtée hier à peine.
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L'avantage de la prison : on a le temps d'écrire. Moi, par exemple, je rattraperais mon retard sur le blog.


Qui, par exemple, à part peut-être deux de mes copains de Sciences-Po qui sont capables de dater à peu près n'importe quel événement historique, a entendu parler de la Defiance Campaign de 1952  ? Du MK, UmKonto we Sizwe, branche armée de l'ANC lancée ici ? Qui se souvient des tueries, des fusillades, de Biko, et je ne parle pas de la chanson de Peter Gabriel ? Et Mandela, sorti de prison en 1990, c'était hier, après... 27 ans de détention, 27 ans ! Pas étonnant que les relations restent infiniment complexes, ici et l'on ne peut s'empêcher de se demander de quel côté on se serait placé, à l'époque. Nous sommes en plein township de New Brighton, les maisons sont peintes de toutes les couleurs et il fait beau, alors on se rend moins compte. Enfin, il y a bien ces amas de tôles et de planches dans lesquels on s'imagine difficilement vivre, et puis ces enfants qui ne font rien, là... Est-ce qu'ils ne devraient pas être à l'école, à cette heure-là ? Oui, c'est possible, enfin Thomas n'est pas bien sûr. Peut-être sont-ils en vacances...
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L'autre Afrique du sud, celle des réserves, mais pas les mêmes.

Après quoi, on nous emmène déjeuner "at La Provence House (members of the Good Cooks network)", pourquoi, mais pourquoi persiste-t-on à infliger aux journalistes français un ersatz de chez eux, quand ils en sont à des milliers de kilomètres ? Il fait beau mais il y a du vent, la piscine de l'endroit qui se veut une reproduction de mas provençaux est pleine d'épines de pins, disposés autour. Les chambres sont quelconques, le déjeuner, riche en huile d'olive. Je saute le dessert pour aller me changer et enfiler ma combinaison de torture dans les toilettes, je serai toujours mieux qu'à l'aéroport. L'escale à Johannesburg me permet d'engranger des cadeaux de Noël et d'anniversaire pour plusieurs années, cet endroit est magique - je recommande tout particulièrement les couverts de table de Carrol Boyes. Quant aux peluches que j'entasse frénétiquement, je ne suis pas sûre de connaître assez d'enfants pour pouvoir les refiler toutes, j'y réfléchirai plus tard. Enfin, dans une librairie, j'hésite devant "A long walk to freedom", l'autobiographie de Mandela. Une très très longue marche, en effet, de 751 pages-dont 27 ans de prison, qu'est-ce qu'il a bien pu écrire là-dessus ? Mais une belle grande et jeune SudAf black, me voyant hésiter (pas devant le prix, mais devant le poids, essentiellement), me dit "I know it's big and expensive but come on, it's Nelson Mandela, it's something one HAS to have and have read, right ?" Certes. Je lui adresse un faible sourire, hoche la tête d'un air à la fois grave et enthousiaste (pas évident à réaliser, je vous invite à essayer), saisis le livre et, voyant bien que je ne pourrai pas le reposer sans qu'elle le voie, je me dirige d'un pas décidé vers la caisse. A quoi tiennent les décisions, parfois. Je ne vois pas bien quand j'aurai le temps d'avaler tout ça, je me propose donc de commencer immédiatement, dans l'avion. Et dîne même avant l'embarquement, histoire de sauter l'infâme dîner de South African Airways. Goodbye South Africa, Mandela, me voilà. 
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Comment ça, Superman était blanc ?

Petites et grosses bêtes

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Le cauchemar de Brigitte Bardot.

Dans ce si grand lit, devant l'océan furibard, j'ai passé une nuit exécrable. Je sais, c'est lamentable, on ne devrait jamais dire qu'on a passé une nuit exécrable dans un lodge de luxe, mais si les cris de fauve et autres singes ne me font pas lever une paupière, j'ai plus de mal avec les cuisines, au-dessus de ma chambre, et surtout avec les talkie-walkies qui se déclenchent tout seuls dans la nuit. Ou à l'aube. Car le grand chic, ici, est de ne pas équiper les chambres de téléphones, mais de talkie-walkies. Je ne sais pas ce que j'ai fait hier soir, en examinant l'appareil, mais j'ai forcément dû le régler sur la mauvaise fréquence et j'ai eu droit à toutes les conversations concernant la mise en branle de l'hôtel, ce matin. Et puis, il pleut des cordes. Nouvelle paire de chaussettes, heureusement que j'avais compté large. Et au petit-déjeuner, est lancé un grand débat sur les activités de la journée. Sur le programme, était noté "Full day activities at Oceana", ce n'était pas trop précis, heureusement. Pour la première, qui consistait en une visite de l'hôtel, ce ne devrait pas être compromis. Pour la suite, en revanche, un safari, on avisera. L'autre possibilité, c'est un massage. Valentine et Catherine, bel et bien les meilleures amies du monde, décident de prendre immédiatement le créneau de l'éventuel safari pour aller au Spa, elles, de toute façon, les animaux, franchement... Nous nous répartissons les autres tranches horaires, avant d'entreprendre la visite.

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Mmmmmmh... Got milk ?

Aucun doute, je suis la plus mal logée, ce n'est pas si mal, ça me permettra de le ressortir une autre fois ("oui ben c'est comme ça, hein, à moi aussi, ça m'est déjà arrivé, d'avoir une moins bonne chambre, on n'en meurt pas"). La pluie redouble, c'est tout de suite moins beau, quand c'est gris et humide. Mais pendant une éclaircie, nous allons rendre visite à Speedy, une "sable antilope" atteinte de tiques et que sa famille a rejetée. Pour l'instant, l'animal est devenu super copain avec "Burger", un petit veau que les rangers nourrissent aussi. C'est contre-nature, comme amitié, ils s'en rendront compte bien assez tôt, quand ils reprendront le chemin du bush. Je vois d'ici la scène, quand on leur dira "tu laisses ton pote à l'entrée, ici, dans les saloons d'antilopes, on n'accepte pas les veaux". "Pardon ? C'est pas un veau, d'abord, c'est Burger. Et tu lui montres du respect". Perdue dans mes pensées, je ne vois pas Riaan tendre un monstrueux biberon à Speedy qui, pour l'instant, ignorant du drame qu'il connaîtra lorsqu'il ira mieux, engloutit des litres de lait - de vache, enrichi de protéines. Il pleut à nouveau et nous repartons.
Mais c'est tout de même dans la joie et la bonne humeur qu'après le déjeuner, nous décidons d'entreprendre un safari et toujours dans un 4x4 découvert, c'est dire.

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Ouah ! Une tortue !

La lumière a quelque chose d'apocalyptique, grise, brouillasseuse, on ne sait jamais vraiment s'il pleut ou pas. Riaan, notre ami le ranger bien nourri, explique qu'ici, on s'intéresse aussi aux "little five", si si si, c'est super intéressant aussi, les toutes petites bêtes. Les tortues, les oiseaux, les scarabées, les fourmis, les petits rats, tout ça... Mais tout de même, autant être honnête, ce qui nous intéresse, ce sont plutôt les grosses bêtes. Et le fait que Riaan descende du 4x4 pour nous montrer des traces ou même, pour soulever une tortue, ne fait que confirmer mes doutes : on ne va rien voir du tout. Et en fait, si. Comme ça, l'air de rien, en haut d'une colline, surgit, d'une volute de nuages, une troupe de buffles. 7, très exactement, puisque j'ai bien compris que dans ces réserves, les animaux ne s'ébrouent pas librement, on les compte, on les vaccine, on les gépéhesse. Tout à coup, on comprend mieux pourquoi les chasseurs appellent cette masse "the black death". C'est très imposant, un buffle, avec ses narines ouvertes, ses vilaines cornes pointées vers vous, cette nervosité, la queue furieuse, et puis ces yeux noirs et tout à fait malveillants. C'est inexplicable, le buffle donne l'impression qu'il est très très très fâché et que ça va retomber sur vous. Riaan roule tout près, Carole trouve que bon, ça suffit là peut-être, non mais sérieusement, is it safe to... ? Et puis oui, aucun problème, c'est parfait pour les photos. Dans un moment où deux individus de la troupe se battent, un mouvement de l'un d'eux me permet même de photographier les imposantes parties intimes de la bête et je comprends tout de suite mieux pourquoi il est si contrarié : c'est plein de parasites, là-dedans. C'est sûrement très douloureux. Après contemplation suffisante, nous repartons, essentiellement parce que la pluie a redoublé. 

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Ah ben non. Non non, pas du tout, on n'a pas du tout l'intention de rester là, monsieur, oui bien sûr, on va circuler.

Pendant ce temps, à l'hôtel... Valentine et Nathalie sont probablement toujours inconscientes, sur leur table de massage, et toujours les meilleures amies du monde. Le directeur profite de notre retour précipité pour nous infliger un film sur les lodges et hôtels du groupe, car groupe il y a. Heureusement, je suis libérée assez rapidement puisque vient mon créneau pour le massage. Comme toujours, et en particulier après plusieurs levers vers 5 h du matin, je sombre dans un sommeil assez réparateur. Quand je reviens, les autres regardent une sorte de documentaire animalier, qui explique l'action des rangers ici, je décide que le moment est propice pour aller tapoter frénétiquement sur Internet. Et le soir, après le dîner, je profite de la localisation de ma chambre. Tout le monde est rentré, je n'ai qu'à descendre quelques marches pour gagner mon lit et je dis à Moussa d'aller se coucher. Je reste seule dans le salon et me paie le luxe d'être celle qui éteint les lumières en partant. Mon salon, ses poufs en peau de zèbre, ses fauteuils en bois sculpté, ses canapés profonds. Dernière nuit ici, espérons qu'elle sera meilleure que la précédente. 

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Le choc des titans, un peu.

11/07/2009

Cet énorme trompeur d’éléphant

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Quand je vous dis, que c'est à l'heure où blanchit la campagne.

Non vraiment, on ne peut pas dire, ce matin à 5 h, que je sois au mieux de ma forme. A bien y réfléchir, je ne suis plus bien sûre de la raison pour laquelle je me suis levée. Des éléphants ? Et alors, il y a les mêmes dans tous les zoos… Valentine et Catherine, d’ailleurs, ont décidé qu’elles préféraient dormir, c’est sûr, c’est fatigant, les voyages de presse. Et Léa arrive en courant, alors que nous sommes en train de gravir les gradins qui permettent d’accéder aux étages du 4x4. Ce matin, nous avons un ranger féminin, Léa et Bruno sont persuadés que c’est la sœur de Riaan, je suis sûre du contraire : ils ont beau être tous les deux blonds aux yeux bleus et nourris au bon grain, ils se ressemblent aussi peu que… deux Vietnamiens vus par un blanc, ou deux blanches vues par un Ghanéen (expérience vécue). Cela aurait bien faire rire Mandela, qui est né ici, dans la région d’Eastern Cape. En tout cas, la ranger dont j’ai évidemment oublié de noter le nom manie fort bien l’imposant 4x4 et raconte, chemin faisant, les éléphantes (cf le post précédent pour ceux qui n’ont pas suivi). Ces bêtes communiquent par infra-sons, parce qu’elles sont tout à fait dures de la feuille. « Et aussi, elles font ce bruit parfois », ajoute Thomas qui se met sur le champ à émettre une sorte de grognement. Notre ranger fronce un peu les sourcils sous sa casquette, mais doit trouver discourtois de le désavouer devant nous, elle se concentre donc sur la route et continue son histoire. Les éléphants du parc n’ont plus de défense, la faute à la consanguinité. On ne dira jamais assez les dégâts occasionnés par la consanguinité, chez García Márquez, ça finit par une queue de porc. Du coup, ici, on importe des éléphants du parc Kruger, histoire de rétablir la race.

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Précision utile, les éléphants ne montent habituellement pas sur les collines.

Et après un virage, comme les éléphants sont des animaux bien élevés qui ne voudraient pas décevoir les touristes, ils apparaissent enfin. En masse. Il y en a 15, sur 16 en tout, dans la réserve. Je dis « ils », parce qu’il y a un petit, d’environ 8 mois selon le ranger. Il doit mesurer à peine 2 mètres, le pauvre. Il est encore assez malhabile avec sa trompe et passe le plus clair de son temps à batifoler, car oui, un éléphanteau peut tout à fait batifoler. Les six premiers mois, ils apprennent la coordination yeux-trompe, celui-là doit être un peu en retard, comme les enfants qui ont du mal à coller des gommettes, par exemple. Quant à la matrone du groupe, le ranger la surnomme Oma, il paraît que cela signifie « grand-mère » en Afrikaans. Oma est tendue, semble-t-il, cela se voit à ses oreilles dressées. Et soudain, c’est le drame. Notre jolie ranger se retourne et aperçoit le 16e éléphant. Eléphant, car c’est le mâle qui d’ordinaire se tient à l’écart mais est venu à la rescousse, pour protéger ses femelles des envahisseurs blancs. C'est une masse énorme, un monstre de 3, 50 m qui n'est même pas particulièrement en surpoids, avec ses 5 tonnes. Et il n'a pas fait un bruit, pas même fait craquer une brindille parce que, comme on ne nous l'explique pas tout de suite étant donné que la situation est un peu tendue, il a de petits coussinets sous les pattes qui lui permettent de ne pas briser lesdits branchages. Notre guide prend soudain une teinte pâlotte, souffle, se lance dans une manoeuvre hasardeuse avec le 4x4. Car nous sommes sur une route, au bord d'un ravin. Devant nous, le chemin et la troupe, à gauche, la colline, à droite, le ravin, derrière, le mâle. La ranger tente donc le demi-tour, pour sortir de cette infernale tenaille, côté ravin. Il faut espèrer que le 4x4 aura la place de tourner. "Excuse me, can you just wait for a minute ?" demande, un peu exaspérée, Léa qui tente de cadrer une photo, manifestement toujours pas bien réveillée. La rangeuse ne prend pas la peine de lui répondre, occupée qu'elle est à diriger son gros engin. Et nous repartons, satisfaits de notre petite frayeur du jour - et de la terrible anecdote que nous allons pouvoir raconter à celles qui sont restées dans leur lit, et qui a le mérite de justifier notre lever, à nous. Car n'est-ce pas, comme dit toujours mon père, le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. C'est sûrement vrai, en revanche, ça flingue bien la journée, qui est ce qui me préoccupe bien plus que le monde, actuellement. 

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HA ! Le fourbe !

Car, après avoir abandonné nos si jolies chambres, nous partons pour Grahamstown. Ville qui ne présente pas, à proprement parler, un intérêt évident. Mais Peter est absolument passionné par l'histoire de l'endroit, qui a été le théâtre de nombreux affrontements entre Anglais, Hollandais, Xhosas, etc. Il nous fait donc visiter un musée dont je ne parlerai jamais, ce qui m'a donc conduite à ne prendre aucune note pendant qu'il parlait, notamment parce que j'erre de banquette en banquette, tout en rêvant plutôt d'un lit. Nous déjeunons dans ladite bourgade et Peter insiste pour que l'un d'entre nous au moins aille voir la "Camera obscura", curiosité de l'endroit. Olivier, photographe du groupe, est tout désigné pour y aller et d'ailleurs, Peter ne lui laisse pas réellement le choix. Et j'ai beau m'entendre fort bien avec lui, mon amitié ne va pas jusqu'à écourter le déjeuner pour aller grimper en haut d'une tour, pour voir, selon Wikipédia, "un objectif qui permet d'obtenir une projection de la lumière sur une surface plane, c'est-à-dire d'obtenir une vue en deux dimensions très proche de la vision humaine." En revanche, Nathalie, dans un grand élan de générosité (ou de sincère curiosité, allez savoir), décide d'accompagner Olivier. Après quoi, nous partons pour l'Oceana Lodge où, nous répète Peter avec le sourire en coin de qui n'est pas peu fier de son coup, nous attend une belle surprise. Oceana, dit le programme "is a place of natural splendour and all the beauty that South Africa has to offer", voyez-vous ça. C'est aussi une "one of a kind ocean/game reserve". De l'entrée dans le parc de l'hôtel, nous déduisons que la fameuse surprise de Peter, ce sont les animaux. Ce qui nous laisse dubitatifs, puisque précisément, l'intérêt d'une réserve, ce sont les animaux. Mais bon, comme nous sommes bien élevés et pas encore complètement blasés, nous multiplions les "oh" et "ah" quand nous croisons une antilope, le fameux burger du lion. La route passe par une sorte de bois, avant de plonger dans un étang qui permet de faire connaître au touriste le frisson du 4x4 roulant dans l'eau. Comme dans les pubs pour le Camel Trophy, si vous vous en souvenez.

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Alors forcément, il aurait fallu mettre quelqu'un à côté, pour qu'on se rende bien compte. Mais on a manqué de temps.

La vraie surprise, en revanche, c'est que l'hôtel surplombe l'Océan. C'est inattendu et nouveau, cela donne l'impression d'être arrivé dans un autre pays. L'endroit est moderne et décoré avec beaucoup de goût, du design et des objets ou tissus africains, une foule de détails dans les salons et bibliothèques. On nous indique nos chambres et pour une fois, je crois pouvoir dire que je suis la plus mal logée - et cela reste assez somptueux. Je suis en effet dans le bâtiment principal, qui abrite aussi la réception, la salle à manger, sa grande terrasse, la bibliothèque, avec les deux attachées de presse, Carole et Nathalie. Les autres sont répartis dans des suites un peu plus loin, dans le parc, voire une villa pour Olivier, Eric et Valentine qui en partagent une. Les chambres ont toutes des thématiques différentes et parfois, l'animal qui a son nom sur la porte est également empaillé et exposé sur un des murs. Par exemple, Carole est dans la chambre "leopard" et la bête trône en effet sur une branche, dans l'entrée. Ca ne lui plaît pas du tout, à Carole, elle est à deux doigts de demander de changer de chambre. Je lui demande ce qui la gêne, si c'est qu'elle a peur de la bête en question (parce qu'il y a assez peu de chance pour qu'elle vienne lui planter ses vilaines griffes dans le cou, en pleine nuit) ou si c'est parce qu'elle est opposée à cette pratique barbare qu'est la chasse. Mais en général, puisqu'en grande majorité, les gens ont de grands frissons quand ils voient les big five empaillés, la réaction est aussi épidermique qu'impossible à expliquer, je ne récolte que des "beeeeeeuh... non, je sais pas, c'est... beeeeeeeuh". Je ne saurai donc pas. Moi, ma chambre, c'est zèbre. Et il n'y a pas de zèbre empaillé, c'est dommage, j'aurais pris une sacrée bonne photo. D'autant plus que si les zèbres, ici, se reproduisent comme des lapins, je ne comprends pas pourquoi on n'a pas pu s'en procurer un. Cela aurait peut-être été un peu grand, me dis-je, tout en changeant de chaussettes dans l'immense dressing-room situé derrière le lit. Car il ne fait toujours pas bien chaud. Nous avons apéro sur la plage, mais je m'habille pour les frimas, on ne me la fait pas, à moi. 

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Je ne vous cache pas qu'il faut choisir entre faire le point sur Moussa et faire le point sur le ciel.

On nous descend sur ladite plage dans de sortes de quads couverts, après quoi, Moussa, noir comme l'ébène, dirait-on dans un mauvais roman, dispose pour nous de jolies couvertures sur les dunes. Et le spectacle commence, le soleil se couche. Olivier veut des gens sur ses photos, il fait poser Léa qui se prête d'assez bonne grâce au jeu, de mon côté, je m'enroule dans mon pashmina, ce qui devrait tuer dans l'oeuf toute velléité de me prendre en photo : en général, un personnage frigorifié sur une plage n'est pas exactement l'illustration la plus vendeuse, pour un papier. Valentine et Catherine, qui sont encore et toujours les meilleures amies du monde, demandent à Olivier de les prendre en photo, dans la lumière dorée puis rougeoyante, puis commentent les clichés ("t'es trop belle et chui trop moche, mais non quelle idée c'est toi qu'es trop belle, oh non regarde comme t'es trop choute quand tu souris, tu parles, j'ai pas du tout l'air naturel mais toi, en revanche, qu'est-ce que t'es photogénique, sérieux allez on lui demande de nous en refaire une, oh non, allez, bon d'accord mais alors la dernière"), je m'enfonce lentement dans mon pashmina qui, j'en suis sûre, devrait bientôt finir par m'avaler totalement. Remontée dans les chambres, nouveau changement de chaussettes (eh oui, le sable, c'est inexplicable que j'aie pu commettre cette erreur de bleue mais j'avais froid), puis dîner. Plutôt bon. Dans la salle à manger, sur de très grandes chaises, je suis à côté de Valentine dont la vie culinaire n'est décidément pas facile, nous en parlons et elle déteste qu'on en parle, c'est l'histoire de sa vie. Pour qu'elle ne se sente pas si seule, je parle des épices. Et tente de me connecter au Wi-fi avant d'aller me coucher, nous en convenons avec Catherine, qui est aussi pigiste high-tech : pour un hôtel de ce standing, un wi-fi aussi instable, c'est rédhibitoire. Curieusement, les autres ne semblent pas aussi affectés que nous, je dois être vaguement toxico-neto-mane. Un début de film navrant, sur ma très mauvaise télé (un no-name sud-af) qui sort lentement d'un meuble, au bout de mon lit, et c'est la quille.    

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Riaan, poor lonesome ranger et nourri au bon grain.

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